Bonjour Olivia, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel s’il te plaît ?
Bonjour ! Après mon bac, j’ai rejoint l’université Paris-Dauphine pour y suivre une licence en mathématiques et un M1 en économie. J’y ai créé l’association Dauphine Microfinance et j’ai terminé ce cursus avec un stage en Private Equity (Venture Capital) en Allemagne.
A la suite de ma formation à Dauphine j’ai rejoint le MSc of Finance de l’ESADE (business school à Barcelone) car en plus de son excellent classement, la formation était basée principalement sur l’étude de cas et sur des travaux de groupes qui complétaient parfaitement ma formation à Dauphine.
A la fin de mon MSc, j’ai effectué un Summer chez Citi à Londres. Cette expérience m’a particulièrement plu et lorsque l’entreprise m’a proposé un rôle d’analyste M&A en TMT à plein temps, j’ai accepté leur offre.
Après 2 ans chez Citi, j’ai décidé de démissionner pour rejoindre Bpifrance à Paris chez qui je suis en poste depuis plus de 4 ans.
Avant de parler de Bpifrance, peux-tu nous dire ce que t’a apporté ton expérience de Summer Analyst chez Citi ?
Énormément de choses ! Un Summer, c’est un formidable tremplin. Pour tout étudiant souhaitant travailler dans le M&A, je dirais que faire un Summer est presque primordial, non pas que ce soit une obligation absolue mais c’est la principale porte d’entrée. De plus, ça permet en 3 mois de juger si on est bien sûr de vouloir se lancer dans 2 ou 3 ans de M&A. Si ça se passe bien après le Summer, il est presque certain qu’un étudiant trouvera une place en M&A dans une banque par la suite.
Concernant mon rôle au sein de la banque, j’étais en support des équipes. L’été, celles-ci partent en vacances, du coup, on va récupérer les dossiers sur lesquelles elles travaillent. Il faut donc avoir de la chance et espérer récupérer des dossiers intéressants. Je pense que chaque analyste a sa propre expérience. Personnellement j’ai eu énormément de chance de participer à la gestion de 2 dossiers tech avec une forte exposition aux VP, j’ai pu apprendre assez vite le travail d’un analyste.
Concernant l’objectif de ce type de stage, le but principal est de te préparer à être un bon analyste : comprendre ce que tes managers attendent de toi, comprendre quelles sont les méthodes de travail, comment interagir avec les autres personnes de l’équipe, comment organiser son travail pour pouvoir juger le temps de travail nécessaire et ainsi respecter les deadlines tout en gérant le stress associé, etc. Dans le M&A, on n’a jamais le temps et c’est pour ça qu’il y a beaucoup de nocturnes. Si le PDG d’une entreprise du CAC 40 te demande une analyse pour 17h, tu dois lui envoyer pour 17H et il ne va pas attendre le lendemain.
Pourquoi vouloir quitter une banque comme Citi pour rejoindre Bpifrance ?
Pour moi, cette expérience chez Citi était un tremplin, je savais qu’y rester quelque temps me permettrait d’apprendre énormément de choses. C’est d’ailleurs ce que font beaucoup de junior, à part ceux qui ont ça dans le sang et se rêve dès le début en partner, les autres y restent 2-3 ans pour se constituer un réseau, gagner rapidement en compétences et avoir un très beau nom sur le CV puis ils quittent ce milieu. Il me semble que ça s’est beaucoup amélioré mais quand j’y étais en 2016, c’était une expérience assez usante sur le plan psychologique et physique avec des horaires très lourds.
Mais je ne regrette absolument pas, c’était extrêmement intéressant. J’ai eu l’opportunité de travailler sur des deals énormes impliquant des sociétés dans le monde entier et avec une exposition à de grandes sociétés. Quand tu as tout juste la vingtaine, c’est une chance énorme.
Au bout de 2 ans, j’ai eu envie de passer à autre chose, non pas que j’avais fait le tour du sujet mais j’avais besoin d’autres choses. J’ai choisi de m’orienter vers un métier qui me permettrait de pouvoir avoir un équilibre entre vie professionnelle et personnelle plus sain.
Peux-tu nous parler de Bpifrance ?
Bpifrance c’est immense !
Il y a énormément de métiers.
La plus grosse activité est celle dédiée au financement via des crédits, mais il y a d’autres lignes de métiers comme la garantie, l’aide à l’innovation et l’investissement en fonds propres. Bpifrance a aussi un rôle d’accompagnement des entreprises dans leurs projets de développement, de transition écologique et énergétique, d’innovation et à l’international. Bpifrance assure aussi, au nom et pour le compte de l’Etat, les financements à l’export.
En ce qui concerne l’investissement en fonds propres, il y a une multitude de fonds au sein de Bpifrance pour accompagner les sociétés dès leur création. Certains fonds sont verticalisés. Ils s’occupent d’entreprises jeunes qui vont être spécialisées par exemple dans les secteurs eco-technologie, santé, numérique, etc.
Il y a mon fonds qui est Large Venture qui prend le relais sur le capital risque avec du growth equity. Nous, on met des tickets de minimum 10millions€ dans des levées de plus de 20millions. Ce sont des tours de table qui peuvent aller jusqu’à 400 millions d’euros !
D’autres équipes s’occupent de sociétés plus matures et établies.
Pourquoi as-tu postulé dans cette banque ?
Je sortais de banque d’affaires et je cherchais un job en growth equity car j’avais envie de garder le côté analytique des deals complémenté d’un côté humain primordial.
J’ai choisi Bpifrance notamment pour sa culture d’entreprise et sa mission que je trouve très belle d’essayer d’aider des sociétés françaises à se développer. J’ai été convaincue dès les entretiens par l’équipe et les projets.
Quelle différence entre travailler à Londres et à Paris ?
Je ne sais pas comment le Brexit a impacté le métier du M&A mais ce qui est sûr, c’est que pour des étudiants qui souhaitent vivre dans un autre pays, c’est une chance énorme de pouvoir travailler en M&A à Londres, on travaille avec toutes les nationalités, tous les profils, c’est une grande richesse. Il y a un éclectisme dans la ville qui est fascinant.
Pour un étudiant qui cherche à sortir de sa zone de confort, c’est extrêmement enrichissant.
Après, pour le reste, je dirais que les méthodes de travail entre Londres et Paris sont assez similaires.
La différence va sans doute être dans le niveau d’exposition à l’international. En effet, à Londres, le headquarter gère souvent les deals EMEA alors qu’à Paris on est plus sur des dossiers français et on travaille principalement avec des français.
Que fais-tu concrètement à Bpifrance ?
Je travaille dans l’équipe de Large Venture qui est l’équipe qui investit dans des sociétés de tech qui sont en forte croissance et assez établies. Nous investissons dans des levées de plus de 20 millions d’euros. Elles ont déjà un produit prouvé avec des effectifs humains importants et une équipe managériale en place.
On investit chez eux pour les aider dans leur expansion internationale ou pour renforcer leur présence en France. Il est aussi possible de faire de la consolidation dans leur secteur, il y a une multitude de thématiques possibles…
Mon travail consiste à identifier les sociétés qui vont lever ce type de fonds, puis de les contacter et d’étudier le dossier d’investissement. Pour ce faire, on va rencontrer les équipes de management et étudier avec eux les éléments financiers à la fois historiques et le business plan. C’est beaucoup d’Excel, on va étudier leurs hypothèses et voir si on a la même vision qu’eux.
Sur la partie marché, on va organiser des calls avec des experts du marché pour qu’ils nous aident à comprendre les tendances et les éléments clés à comprendre. On n’est pas des spécialistes de tous les secteurs donc on a besoin de cette aide. On va compléter en dialoguant avec des clients et des concurrents. C’est une étape primordiale car le marché doit être porteur de croissance pour pouvoir espérer dégager une plus-value sur la revente des parts que l’on détient dans l’entreprise.
Concernant l’équipe du management, c’est aussi crucial pour nous de comprendre qu’ils ont les bonnes personnes pour répondre aux enjeux de cette boîte, puis identifier les personnes manquantes, voir avec eux leur vision.
Une fois qu’on a investi dans une société, on suit les participations, on les accompagne dans la stratégie et dans les prochaines levées de fonds.
Quels sont les plus gros challenges que tu rencontres dans ton quotidien ?
Émettre la bonne opinion sur une société est probablement la tâche la plus compliquée… ça peut nous arriver de nous tromper sur une société dans un sens comme dans un autre. Et c’est normal car on ne peut jamais anticiper à 100% ce que va faire un marché. Par exemple le COVID était non anticipable et il a été une formidable opportunité pour certaines boîtes (comme Doctolib) et un terrible massacre pour d’autres (comme l’industrie du spectacle).
Le deuxième challenge est d’être capable d’accompagner la boîte et d’avoir une véritable valeur ajoutée et de fait établir une véritable relation de confiance.
Avez-vous des outils pour vous aider à prendre ces décisions comme des outils de pondération des risques ?
Non pas vraiment, ce n’est pas un métier ou tu peux t’appuyer sur des algorithmes pour t’aider dans tes décisions, il y a beaucoup trop d’éléments à prendre en compte. Il y a beaucoup d’humain dans ce métier, chaque dossier est différent et doit être étudié de manière unique. C’est d’ailleurs ce qui rend le métier particulièrement intéressant.
Dans ton métier, qu’est-ce que tu adores et qu’est-ce que tu n’aimes pas ?
J’adore le suivi des sociétés, découvrir de nouveaux marchés et nouveaux métiers.
Je déteste le back-office et tout l’aspect administratif.
Quelles compétences/Diplômes nécessaires pour rejoindre ton équipe ?
Quasiment toutes les personnes présentes dans l’équipe ont démarré en tant que stagiaire dans l’équipe puis ont été recrutées. C’est assez rare qu’on fasse des recrutements par la suite car ce sont de petites équipes donc il n’y a pas beaucoup de places à prendre.
Pas de diplômes prérequis, il y en a qui ont fait du conseil, du M&A, de l'ingénierie. Ce sont principalement des étudiants issus de formations en management ou ingénieur.
Pour un boulot de growth equity, c’est bien d’avoir une expérience en conseil, M&A ou startup. C’est plus une capacité d’analyse financière et de marché que l’on recherche ou une expérience en startup car on a une bonne connaissance de la gestion opérationnelle.
Les qualités recherchées sont : analytiques, très bonnes capacités de communication, très bon relationnel, gestion du stress, esprit d’équipe et une bonne culture tech.
D’un point de vue technique, il faut clairement que les candidats soient à l’aise avec les chiffres, aient de bonnes compétences rédactionnelles, et sachent utiliser Excel.
Quel est le processus de recrutement pour un stagiaire ?
Chaque équipe est différente mais dans mon équipe, il y a 2 ou 3 entretiens, à la fois de fit et une vérification des capacités analytiques, de synthèse, de rédactions, une bonne connaissance du milieu de la tech et avec une forte envie de rejoindre Bpifrance.
Un minimum en anglais est demandé mais on n’a pas besoin d’être bilingue.
Quel conseil donnerais-tu à un élève qui s’intéresse à Bpifrance ?
Bien réfléchir à l’environnement dans lequel on souhaite travailler et à la mission de l’entreprise. Travailler au sein de Bpifrance c’est adhérer à sa mission dans un environnement qui est bienveillant.
Ensuite il faut être sûr que le métier correspond à la personnalité des élèves. Je leur conseille donc de parler avec le plus de personnes de l’industrie, en posant des questions très concrètes. Et avant chaque entretien, il faut bien regarder le contenu des portefeuilles de l’équipe pour laquelle on postule.
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